Deux clins d’œil à Jean Jaurès sur trois siècles

Que manque à ce film sur Jean Jaurès ? La langue et l’accent du Tarn !

Deux siècles plus tard, une réapparition : la plaque commémorative de l’assassinat de Jean Jaurès à Paris, toute neuve !

Récit double de deux auteurs Passadoc, André Abbe et Claude Boyer.

La croix occitane sur une façade occitane aussi

“Jaurès, naissance d’un géant” : des voix à la noix

André Abbe se souvient :

“A la fin du XIXe siècle, la ville de Carmaux (Tarn) n’avait pas attendu le nouveau découpage des régions pour être en Occitanie. Tout le monde y parlait occitan et quand il fallait communiquer en français,c’était avec un fort accent dit “du midi”. Jaurès lui même, tout jeune professeur de philosophie qu’il était, avait cet accent.

Et bien, dans le film “Jaurès, naissance d’un géant” (2004) tout le monde parle avec l’accent pointu, y compris les mineurs en grève… Y compris Jean Jaurès lui- même incarné par Philippe Torreton, très crédible, à l’accent près. J’ai passé une très mauvaise soirée en regardant ce film sur LCP, tout sonne terriblement faux. Les personnages perdent toute crédibilité.

Jaurès, naissance d'un géant (2005)

Il existe des comédiens “méridionaux” de talent capables de retrouver l’accent qu’ils ont dû abandonner en “montant” à Paris. Il existe aussi des comédiens occitans tout aussi talentueux qui ont choisi de rester au pays. On aurait pu faire appel à eux.

Raisonnons par l’absurde, comme on me disait dans les cours de maths. Prenons un film sur les Communards parisiens de 1871 dans lequel tous les acteurs auraient l’accent de Carmaux. Le réalisateur serait traité de fou furieux. Le film n’aurait aucune chance de sortir en salle et d’être diffusé sur LCP chaine qui fonctionne avec les sous des contribuables, ceux d’Occitanie compris.”

jean jaurès n’est pas à côté de la plaque !

Claude Boyer nous conte une anecdote en rapport avec Jean Jaurès :

“L’histoire se passe il y a un petit quart de siècle, la première fois où je suis allé à Paris. J’ai voulu visiter deux lieux en priorité, vous allez penser que je vais vous parler de la Tour Eiffel, de l’Arc de Triomphe ou du sacré Cœur, mais pas du tout.

J’ai voulu voir d’abord l’impasse Florimont  où mon idole Georges Brassens a vécu chez la Jeanne, et le café du Croissant où a été assassiné Jaurès le 31 juillet 1914.

Lorsque je suis arrivé devant le café, j’ai été surpris de l’état de la plaque commémorant cet événement historique, les lettres gravées dans le marbre sont à moitié effacées et couvertes de graffitis. De retour chez moi, j’écris au ministère de la culture pour signaler ce manquement au devoir de mémoire envers celui à qui l’on a donné le Panthéon au fronton duquel est écrit « Aux grand hommes, la patrie reconnaissante » comme sépulture.

A la suite de ce courrier je reçois une réponse polie me remerciant de m’intéresser au patrimoine culturel français et que le nécessaire sera fait pour remettre la plaque en état. Je vous avoue franchement que je n’ai pas cru à la prise en compte de ma réclamation.

Quelque temps plus tard j’ai pu me rendre compte que la plaque avait été changée.

Est-ce que mon intervention y a été pour quelque chose ?

Je l’ignore mais j’aime à penser que j’ai modestement participé à entretenir le souvenir du grand homme.”

Jean Jaurès et le tarn : RETOUR à CORMAUX

Dans le film, il est question de la grève des mineurs de 1892 à Carmaux. Cette gravure est parue dans le Petit Journal (rien à voir avec l’émission de Yann Barthès sur Canal+ deux siècles plus tard, devenue Quotidien sur TMC !).

Cormaux fait à nouveau la une en 1944

Fait marquant : Carmaux est la première ville du Sud-Ouest libérée par ses propres moyens.

C’est le lendemain du débarquement en Provence. Carmaux est aux mains des Allemands. Qui libère la ville ? 2000 maquisards. En deux jours, les 2500 soldats allemands capitulent. Ensuite, Rodez et Albi ont pu être libérées, délivrées.

Balade à CORMAUX

Au moment où nous écrivons ces lignes, les déplacements sont autorisés dans un rayon de 100km. Vous habitez Toulouse ou Rodez ? Alors pourquoi ne pas en profiter pour visiter Carmaux ?

Photos : Drapeau occitan sur la façade d’une bastide elle aussi occitane – André Abbe

Plaque commémorative de l’assassinat, apposée en 1923 par la Ligue des droits de l’homme – Rémi Jouan / Wikipedia

%s

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.