Catastrophe de Malpasset : (2) émotion à Broadway

L’événement de Malpasset à travers les mémoires de Robert Dhery. Dans le 1er épisode, l’acteur explique la mobilisation à New York. Un spectacle à Broadway est monté pour récolter des fonds.

Deuxième épisode de la série signé Jean-Pierre Violino :

Un spectacle à broadway pour les victimes de malpasset

Les mémoires de Robert Dhery continuent :

Quelle affiche, bon sang! Jamais aucun théâtre n’avait réuni autant d’étoiles sur une même scène. Il y avait encore Laurence Harvey et Gipsy Rose-Lee… Gipsy avait été, dans les années 1930-1940, la première strip-teaseuse du monde, son numéro était entré dans la légende.

En 1959, elle avait pris sa retraite. Ses mémoires avaient crevé le plafond des best-sellers et une comédie musicale tirée de sa vie, intitulée fort justement Gipsy, faisait fureur depuis de longs mois à Broadway. A la demande de David Merrick4, elle accepta de remonter sur scène. Elle rechaussa ses grandioses bottines, revêtit son étroite robe à franges dorées — les années ne lui avaient pas apporté un gramme de graisse, elle était restée d’une beauté stupéfiante — et jeta par-dessus ses épaules parfaites, le manteau de singe dont chaque Américain adulte avait gardé l’image. Elle décida de doubler le strip-tease de Colette. Avec sa culotte petit bateau et son mètre cinquante-six, Colette ressemblait, à côté de cette grande dame, au nain Piéral face a John Wayne5. Première rafale de rires. Quand Gipsy a commencé de retirer un de ses gants — de longs gants en satin remontant au-delà du coude — la salle s’est levée.

Gypsy Rose Lee en 1956 – Photo : World Telegram & Sun par Fred Palumbo.

Le théâtre était comble. Les balcons, les strapontins, les marches, le moindre espace avaient été pris d’assaut par des messieurs en smoking et des dames en robe du soir. Joe Kipness avait rudement bien œuvré.

Comme Gipsy Rose-Lee, les autres vedettes nous remplaçaient dans de petits rôles que nous avions répétés avec eux en un temps record. Le motif de l’enjeu et je ne sais quelle grâce planant sur l’entreprise firent que tout se passa comme si nous jouions ensemble depuis toujours.

A l’entracte d’autres célébrités, averties au dernier moment par le bouche à oreille, nous réservèrent des surprises. Certains s’emparèrent du micro pour nous balancer, sans orchestre, leurs plus belles chansons.

Nous avions réservé à Chevalier, le beau patriarche, la place qu’il méritait, celle de la super-star, n’apparaissant qu’au final, en haut de notre escalier, entouré de girls emplumées d’or et de neige. L’orchestre, au lieu de jouer le refrain de la Plume, entonna Louise, sa chanson fétiche. Maurice descendit les marches comme un grand seigneur. Le spectacle était terminé. Après les applaudissements qui durèrent une dizaine de minutes, Chevalier s’est dirigé vers l’avant-scéne et a improvisé un discours. C’est là que j’ai réalisé à quel point il parlait bien l’anglais. Son accent était encore plus épais que le mien, mais son vocabulaire était à la fois riche et subtil et sa grammaire sans défaut. Il a dit à peu près ceci :

« Mesdames et Messieurs, mes très chers amis, ce soir, j’ai senti, une fois de plus, battre le cœur du grand New York pour les petits Français que nous sommes. Votre générosité nous a permis de récolter, en quelques heures, pour ce coin de France tragiquement dévasté la somme de trente-sept mille dollars. A tous, merci. »

MAURICE CHEVALIER - DERNIER CONCERT INEDIT OCT 1968

De la salle, parmi les bravos montaient des sanglots.

« J’ai la joie, ajouta Maurice, de remettre à Monsieur l’ambassadeur de France, Hervé Alphand, président d’honneur de ce gala, le chèque que voici. »

II s’est penché en avant et a tendu le chèque à Alphand, assis au premier rang. A notre tour d’y aller de nos larmes…

Hervé Alphand : l’être le plus extraordinaire que j’ai connu. Grand commis d’État, homme du monde, humaniste au sens noble et d’une culture époustouflante. Un seul regret : qu’il ait opté pour la carrière diplomatique au lieu de celle d’acteur. Hervé est un comédien-né, et en plus un farceur. Il pousse son goût des blagues au paroxysme. A côté de lui, nous sommes des histrions.

L’ambassadeur Hervé Alphand (à droite pendant les discours) pendant l’inauguration d’une exposition consacrée à la Joconde au MOMA de New York le 6 juillet 1963, soit 3,5 ans après le drame de Malpasset

Nous étions amis de longue date. De notre intimité était né un jeu : chaque fois que le hasard nous plaçait ensemble, Hervé nous présentait comme ses cousins.

à suivre : le général de gaulle entre en scène mais…

Les choses ne se déroulent pas comme prévu.

Suite du récit de Robert Dhéry dans le 3e épisode…

Ces artistes français du sud se produisaient à new york…

… et dans le reste des États-Unis !

Lily Pons

Et notamment une varoise, Lily Pons, née le 12 avril 1898 au 11 de la Grande-Rue à Draguignan. Après des débuts de chanteuse à Cannes, Mulhouse et Deauville, elle est engagée au Metroplitan de New-York et fait des débuts remarqués en 1931 lors de la première de « Lucia di Lamermoor ».

Lily Pons en 1935 dans le film “Je rêve trop” (I dream too much)

La dracénoise resta attaché vingt-huit ans au célèbre opéra new-yorkais. Son nom est donné à une ville du Maryland « Lily Pons City », à un régiment d’infanterie, ainsi qu’à une locomative. En 1940, elle y entonne, drapée du drapeau tricolore, « L’hymne à la France » dans « La fille du régiment » de Donizetti et y rajoute « La Marseillaise ». Lily Pons, fait ses adieux au Metroplitan Opera le 12 décembre 1960 et meurt le 13 février 1976 à Dallas. Elle est inhumée à Cannes le 24 février suivant.

Yves MontanD

Nous pouvons citer également Yves Montand, qui en 1960 joue dans une film « Le milliardaire »6 de Georges Cukor avec Marilym Monroe et Tony Randall. Ou Simone Signoret qui obtint en 1960 un oscar pour « Les chemins de la haute ville ».

Marylyn Monroe et Yves Montand dans le film “Let’s make love” en 1960

Il y a d’autres exemples. Vous en connaissez ? On attend les noms en commentaire.

Suite du récit dans l’épisode 3…

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