Catastrophe de Malpasset : (1) solidarité à New-York

60 ans après, on se souvient. PASSADOC revient sur l’événement qui a causé la mort de plus de 400 personnes.

Premier épisode de la série signé Jean-Pierre Violino :

Malpasset vu par Robert DHERY

Dans son ouvrage intitulé « Ma vie de Branquignol », paru en 1978 aux éditions Calmann-Lévy, Robert DHERY1 raconte page 218 et suivantes, l’onde de choc de la catastrophe de Malpasset auprès des artistes français présents à New-York. Pour venir en aide aux victimes forojuliennes (de Fréjus !), ils organisent une soirée de charité en avril 1960.

Robert Dhery en février 1962 – Photo : Harry Pot / Anefo

« 2 décembre 1959. La nuit. Tout à coup, le téléphone. comme une sirène. On sauta du lit. Coup d’œil sur réveil. Il était six heures. Mauvais signe. Une seule fois, on nous avait appelés à six heures du matin. Simone Signoret nous apprenait en sanglotant la mort de Gérard Philipe2. Un caillou sur l’estomac, je décrochai. Au bout du fil, Pierre Crenesse. « Dhéry, j’ai besoin de toi. Il vient de se passer une chose horrible en France. Le barrage de Malpasset s’est rompu. L’A.F.P.3 signale déjà six cents morts. »

Robert Dhery en février 1962 – Photo : Harry Pot / Anefo

Colette avait l’écouteur. On s’est rassis, tous les deux, au bord du lit, incapables de dire un mot. L’impossibilité de secourir, de tendre ses bras, d’aider, d’empêcher… Cette impuissance-là est le sentiment le plus humiliant du monde. Que faisions-nous là, dans notre chambre douillette, avec notre standing à l’américaine? Crenesse n’attendit pas nos réactions : « On m’a appelé de Paris. Il faut d’urgence trouver de l’argent. »

Compris. C’était presque un soulagement de pouvoir agir. Les commentaires étaient inutiles.

J’appelai aussitôt Charles Boyer. L’idée était bonne parce qu’il était influent, mais j’ignorais que sa mère habitait la région. La nouvelle l’affola complètement. Il eut, pourtant, le courage de nous répondre. «Je suis à votre disposition pour tout ce que vous organiserez. » Le lendemain, heureusement, il sut par le consulat que sa mère était sauve.

Notre première démarche, tôt le matin, fut de fonder un comité d’aide à Fréjus et d’alerter tous les amis, toutes les connaissances, toutes les relations même lointaines que nous comptions à New York.

Je pris un taxi et me rendis chez Joe Kipness. Il n’avait jamais entendu parler de Fréjus. J’expliquai : « C’est le pays des pêches, notre Californie, quoi. » II s’en fichait. Il avait le cœur grand et raisonnait en homme d’affaires.« Je produis un spectacle français. Il se passe quelque chose de grave en France. Il faut que je m’en occupe. » Faire quoi? La quête auprès des nantis? L’idée n’était pas mauvaise, mais me paraissait bâtarde. Faire une annoncé durant l’entracte pour émouvoir les spectateurs et tendre une sébile? Insuffisant. Je me souvins de la Mid-night Matinée de Londres avec ses célébrités habillées en ouvreuses. On pourrait faire mieux : Demander à toutes les stars de la ville de jouer des petits rôles dans la Plume, Tant de gens avaient déjà vu le spectacle que pour les faire revenir, il fallait le ravaler, le pimenter, lui donner un air exceptionnel. Mais quand ? La plupart des confrères étaient, comme nous, au turbin tous les soirs.

– Dimanche, dit Colette.

– Les syndicats refuseront, répondit Joe, navré.

– J’irai les convaincre, répliqua ma cascadeuse.

Les syndicats américains, les unions, sont implacables.

Sans prendre rendez-vous, Colette s’en fut frapper a la porte de la présidence. Les journaux et les radios avaient, entre-temps, annoncé le sinistre. Colette fit un long discours sur l’entraide des peuples et prononça le mot philanthropie, mot magique qui va droit au cœur des autochtones puisqu’il permet, entre autres choses, de bénéficier d’un abattement fiscal. Elle plaida, et obtint gain de cause. Feu vert pour le dimanche. Il nous restait quarante-huit heures pour réunir les vedettes, les faire répéter et organiser une campagne publicitaire.

Charles Boyer, déjà prévenu, et Claudette Colbert qui jouait dans un théâtre voisin, nous donnèrent leur accord dans l’heure. Un coup de téléphone à Maurice Chevalier, un seul mot « J’arrive ». Un télégramme à Laurence Olivier et, immédiatement sa réponse « O.K. Us Frenck we have to stick together. » (D’accord. Nous autres Français devons nous serrer les coudes.) J’ai gardé ce télégramme. Un pareil texte, signé du nom du plus grand acteur anglais, vaut son pesant de souvenirs.

Maurice Chevalier en 1959, l’année du drame – Photo : William Morris Agency (management).

Gwen Verdon, danseuse, très copine avec Colette, est accourue ventre à terre. Rex Harrison nous attendait au théâtre avant que nous n’ayons eu le temps d’y arriver. Walter Pidgeon a pris le premier avion de Hollywood. A Paris, Claude Dauphin et Jean-Pierre Aumont ont appris, par Boyer, ce qui se tramait à New York. Aumont a fait annuler la dernière d’une pièce pour nous rejoindre plus rapidement. Dauphin a planqué sa famille qui lui préparait un week-end, et accompagna Jean-Pierre. Ils ont participé à notre show après vingt-quatre heures de veille. L’un et l’autre sont extrêmement connus et aimés en Amérique. Ils y ont fait une grande partie de leur carrière. Leur retour impromptu, à l’occasion du gala pour Fréjus, impressionna. Joe Kipness se chargea de vendre les billets. A cinq cents dollars la place, fallait qu’il y mette de la conviction et du cœur.

Suite du récit de Robert Dhéry dans le 2e épisode….

Mieux comprendre l’époque

New-York, la ville la plus européenne des États-Unis, Louis-Ferdinand CELINE la décrivait déjà avant guerre comme une mégalopole infernale. Elle était la porte par où les émigrants du vieux continents arrivaient sur la terre d’espérance, la nouvelle Israël : italiens, allemands, irlandais, scandinaves, russes, juifs européens … Elle est à l’image même du pays, un véritable melting pot, avec des quartiers communautaires (« Little Italy », « Chinatown », « Spanish Harlem » …)

New-York intra-muros comptait 7.782.000 habitants en 1960 et guère plus en 2005, atteignant à peine les 8.143.000 âmes.

Malpasset célébré à Broadway

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Broadway dans les années 50 – Photo : auteur inconnu

Mais cette ville est aussi un centre de culture, d’art et spectacles. Le long de Braodway et à Times Square, nous trouvons de très nombreux théâtres, salles de spectacles (comédies musicales) comme le Radio City Music Hall (R.C.M.H.), le Carnegie Hall ou le Madison Square Garden.

à suivre : Que le spectacle commence…

Impossible de trouver des traces de l’événement ailleurs que dans les mémoires de Robert Dhéry. Quel théâtre a accueilli le spectacle ? Et l’affiche ? Les photos ? Rien…

L’événement à Broadway au profit des victimes de Malpasset a bien eu lieu.

Suite du récit de Robert Dhéry dans le 2e épisode…

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